Chronique "A lire sous le gui"

Publié le par Dominique

Dannemark.jpgIl suffit de se laisser porter par cette histoire simple puisqu’elle retrace sur un demi siècle le parcours d’une famille ordinaire ayant des sentiments, des doutes, des joies, des pertes, des chagrins ordinaires. Qu’on appelle cela chronique ou saga, cette histoire là touche parce qu’elle est vrai et sincère et que ses personnages auraient pu être vous ou moi. Avec l’œil extérieur, presque froid, détaché du moins, d’un narrateur un peu voyeur, Francis Dannemark dissèque sur 262 pages la vie de Klaus, Walter, Edith, Paul et Florent, les deux frères, des nains hongrois Laslo et Paliki, de Christopher, médecin anglais à jamais en exil et de sa femme Jacqueline ; dans ce grand jardin qu’est le monde, la vie en général.
Le grand jardin, Francis Dannemark, Robert Laffont



La-Barbi--re-copie-1.jpgGrande gagnante de la deuxième édition du concours belge de nouvelles La Fureur de Lire, Caroline Lamarche fut très vite remarquée en éditant ses premiers ouvrages aux Editions de Minuit. Elle nous revient ici avec La Barbière. S’agit-il d’un conte, d’une longue nouvelle ou d’un roman court ? Je dirais qu’on pourrait l’apparenter à une fable sur le sexe et la mort, le pouvoir et la soumission ou encore sur l’absurdité de toute guerre quelle qu’elle soit. Dans une ville proche de la zone des combats, c’est une femme qui rase les hommes. Elle n’a pas de prénom, on l’appelle juste La Barbière. C’est une femme magnétique et envoûtante qui pratique sur les hommes qui l’acceptent avec une quasi volupté le sacrifice exigé par ces temps d’intime violence, de cette violence larvée et quotidienne qui régit les conflits ; tous les conflits. C’est Mira, son assistante, qui fait disparaître cheveux, poils et sang. Elle fait ici office de narratrice en attendant son heure. Son frère est à la guerre. Elle attend qu’on lui annonce son retour ou sa mort. De cette violence là, de narratrice elle deviendra alors actrice mettant en scène les fantasmes les plus sulfureux. Les siens comme ceux des hommes qui subissent l’humiliation de cette guerre à la fois proche et lointaine. Comme une soupape de sécurité. Cette fable très, très étrange est subtilement rehaussée par les belles illustrations terre et sang de Charlotte Mollet.
La Barbière, Caroline Lamarche, illustrations de Charlotte Mollet, Les Impressions Nouvelles

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